Le Masque & moi

En partenariat avec Citoyenneté Jeunesse et la CAMNA (Centre d’accueil pour mineurs non accompagnés d’Aubervilliers).

Organisés par Laura Ronca de Citoyenneté Jeunesse.

 

 Mettre un masque sur son visage c’est finalement ce que tout le monde fait chaque jour. On se lève, on se brosse les dents, on met son masque. C’est ce qui nous permet d’être drôle, parfois rentre dedans, parfois nous permet de lever la voix, ne pas se faire marcher dessus ou à l’inverse se taire, disparaître, ne pas se faire voir. C’est très ambivalent un masque et très permissif.

Une fois qu’on l’a entre les mains, qu’en fait-on ?

 

Je travaille avec des jeunes gens depuis maintenant quelques années et je remarque les dits- masques. J’avais envie d’arriver cette fois non pas avec la prétention de faire tomber ceux qu’ils portaient déjà, mais bien l’envie de les regarder et d’en construire de nouveaux. Parce que l’endroit du théâtre est pour moi le renouveau, la renaissance, sans cesse, et le voyage, de sa place apprendre à se réinventer. Le masque permet de changer de peau et fait naître une grande liberté de parole.

 

Comment prend-t-on possession du récit lorsque nous sommes masqués ?

C’est très différent de raconter une histoire avec son visage, ses vêtements, son soi sur un cintre, et de raconter une histoire derrière le masque.

Que, qui, quoi, qu’est ce qui va avec le masque ?

Quelle langue ?

Quel corps ?

Quelle démarche ?

Quelle danse ?

Quel esprit ?

Quel récit ?

Mon idée est de leur permettre d’appréhender l’outil, de contribuer à sa construction, et de l’amener sur scène pour lui faire porter une histoire.

 

En juillet lorsque je discute de la possibilité de ces journées d’atelier, nous tombons tout de suite d’accord avec Laura Ronca de Citoyenneté Jeunesse quant aux bénéfices du masque. D’autant que c’est un objet que tout le monde connaît sans pour autant avoir eu l’occasion de le tenir en main, ni sur un visage. C’est donc une expérience novatrice, la proposition de découvrir quelque chose de nouveau, et qui permet un voyage imaginaire fort en créant un espace de liberté que peu de participants ont l’usage d’habiter.

 

La première étape a été la rencontre. La nôtre, la rencontre avec les autres, la rencontre avec le masque blanc ou masque neutre et ainsi l’invention d’un corps.

Sous le masque nous avons voyagé, échangé, inventé un langage fait de grommelots après avoir visité plusieurs possibles.

Les participants ont peu à peu habité totalement leur masque, avec un corps et une langue différent.e.s. des leurs. Ils ont travaillé en petits groupes, puis à deux pour commencer à dialoguer, échanger, inventer de petites histoires et les transmettre au public, même dans une langue imaginaire ! La présence de quelques personnes complices venues nous rendre visite fut une aubaine pour tester cette force du masque en cours de travail. 

Petit à petit, entre récit, choix, et incarnation de personnages, nous avons identifié des archétypes à retranscrire à travers le masque et chacun s’en est approprié un.

La star, acteur de cinéma, le footballeur mondialement connu, l’homme d’affaire, le bandit, le clown meutrier, la journaliste…

 

Nous avons assisté à des changements d’identité, de genre, des prises de paroles pleines de clichés délicieusement drôles et libérateuric.e.s.

 

La seconde étape a consisté à inventer physiquement les masques de ces archétypes en les personnalisant avec peinture, collages, bombes, transformation des visages.

Nous avons ainsi « dé - neutralisé » les masques blancs pour les rendre à l’image des corps et langues choisies parmi celleux travaillé.e.s la veille. L’atelier s’est transformé en un Atelier, et les visages en œuvres d’art.

 

Une sortie spectacle organisée par CJ à la villette a permis alors de partager autrement, ouvrant à une expérience collective de spectateur.ice.s. , toustes ensemble avec les jeunes et Laura , mais aussi avec quelques travailleurs sociaux de la CAMNA. Le spectacle montrait une qualité de corps et d’écoute du groupe très importante et vivifiante, ainsi que le plaisir du jeu comme seule règle. Ce qui est toujours formidable à faire voir aux participants pour ensuite les faire entrer dans une logique ou envie de « restitution » (publique ou non).

 

Il s’est agi ensuite de revenir en atelier au travail des personnages, des corps et des intentions nourris de ces nouveaux visages conçus et choisis par chacun pour proposer, en clôture de session, une petite présentation de nos personnages « archétype » entre danse et récit , en présence de quelques spectateur.ice.s camna et cj et sous l’objectif de Valentina.

 

Je pense pouvoir dire que les heures de cette dernière après-midi ont brillé, et sous les masques, leurs visages, puis les nôtres.

 

Merci Laura, Merci Citoyenneté Jeunesse, merci la CAMNA, merci Abubacar, Lamine, Ibrahim, Lassina, Valy, Amadou et tous les jeunes présents durant ces trois jours !